News

Retrouvez ici nos nos dernières analyses, communiqués et opinions

Discours: mobilisation antifasciste à Paris (Février 2016)

Catégories : Communiqué,Opinion

Nous publions ici avec du retard le discours prononcé par l’antenne parisienne de Génération Palestine à la mobilisation annuelle antifasciste en février 2016 (info Facebook)

***

Génération Palestine est un mouvement européen, né suite a des séjours en Palestine. Nous y avons découvert la réalité quotidienne des palestinien-ne-s face à la colonisation sioniste. Confronté-e-s à la violence de cette situation, nous avons décidé d’agir et de soutenir le peuple palestinien dans la lutte qu’il mène pour sa libération.

Nous sommes conscients que si le racisme est fondamental dans le projet sioniste, il n’est possible que grâce à la complicité d’Etats étrangers, la France y compris.
Puisque nous luttons contre le racisme institutionnel de l’Etat d’Israel, nous ne pouvons qu’être solidaires de la lutte d’aujourd’hui. On ne peut soutenir la résistance pour une vie digne en Palestine sans dénoncer ce qui se passe en France actuellement.

Le Président de la République a placé la lutte contre le racisme et l’antisémitisme comme Grande Cause Nationale pour l’année 2015. Sans surprise aucune, le Délégué Interministériel de Lutte Contre le Racisme et l’Antisémitisme, Gilles Clavreul, proche de Manuel Valls, a débuté son action par une hiérarchisation des racismes et par la minimisation des actes islamophobes si ce n’est pas par le déni pur et simple de leur existence.

Pour être crédible dans la lutte contre le racisme, et plus particulièrement contre l’islamophobie, l’Etat français doit commencer par lutter contre les discriminations au sein de son administration. Au cours du premier semestre 2015, le Collectif Contre l’Islamophobie en France a collecté pas moins de 152 cas de discriminations institutionnelles, soit une par jour ! 80% de ces discriminations se déroulent dans le cadre de l’éducation. Les agents du patriarcat ordinaires nous ont expliqué que le meilleur moyen de libérer une femme était de lui interdire l’accès à l’éducation et à la rue. On assiste à un dévoiement large du concept de la laïcité, lequel a été réduit à l’invisibilisation totale des musulman.e.s. La laicité, à l’origine garante et protectrice des libertés fondamentales, est aujourd’hui manipulée afin de normaliser et de justifier les actes islamophobes.

Alors que les femmes restent une minorité au Parlement, aux conseils d’administration des entreprises et des universités, dans les états-majors des partis politiques, la rhétorique d’émancipation et d’égalité des genres s’est focalisée sur les femmes musulmanes, mettant alors en danger leurs acquis politiques en terme de libre disposition du corps et de l’esprit. Leur voile constitue une obsession pour les gardiens d’un système politique, économique et médiatique encore largement dominé par les hommes. Cette émancipation, qui doit se faire sans elles et contre elles, correspond davantage à un simulacre qui tente tant bien que mal de dissimuler une islamophobie structurelle et institutionnelle.

C’est bien cette préparation depuis plus de 10 ans, à coup de polémiques islamophobes stériles sur le voile, le halal et les prières de rue, qui ont permis à l’Etat de perquisitionner et de saccager durant plus de 2 mois des milliers de domiciles, de lieux de culte et de travail, et ce, dans le silence assourdissant et complice des médias, des politiques et de certaines associations de défense de droits de l’homme.

Dès le lendemain des attentats, des musulmans ou supposés l’être sont devenus les cibles d’une politique large de répression permettant de faire diversion sur les réels échecs des services de sécurité nationale. A ce jour, cet acharnement sur des citoyens innocents n’a abouti qu’à l’ouverture de 4 enquêtes préliminaires quand plus de 3000 perquisitions ont été effectuées(1). Ces mêmes perquisitions ont été d’une grande violence et aux traumatismes psychologiques irréversibles : mise en joue et menottes quasi systématiques, violences contre personnes fragiles (personnes agées, femmes enceintes, enfants et handicapés), et passage à tabac, etc. Après avoir enragé les monstres de l’appareil policier, il fut naturel que le gouvernement lâche ensuite la laisse contre les militants politiques et les manifestants. Dénoncer l’islamophobie d’Etat est une obligation morale si ce n’est au moins un besoin stratégique des forces militantes qui se voient aujourd’hui écrasées à leur tour.

Rajoutons qu’il n’est pas étonnant que les organisations sionistes en France se fassent les chantres d’une islamophobie décomplexée, accusant tous les musulmans d’être complices, si ce n’est de potentiels terroristes . Il est nécessaire de se rappeler les déclarations en 2002 du président du CRIF après la qualification au second tour de l’élection présidentielle de Jean Marie Le Pen, qui voyait dans la victoire du Front National un message aux musulmans de se tenir tranquille. Leur stratégie au-dela d’un racisme colonial est de faire apparaitre Israel comme le rempart de la civilisation face aux hordes musulmanes. Leur islamophobie est tout autant idéologique que stratégique. Défendre l’islamophobie en France c’est défendre les politiques coloniales en œuvre à l’encontre de la population palestinienne. De plus, la nouvelle rhétorique qui consiste à dénoncer par les chiens de garde d’Israël, l’existence d’un nouvel antisémitisme musulman servant à alimenter le climat anxiogène depuis les attaques du 7 janvier, revient à légitimer le passage à l’acte contre les innocents et à instrumentaliser les Juifs d’Europe pour soutenir l’entreprise coloniale d’Israel. Ils entretiennent alors le spectre du terrorisme sans tenir compte de la dangerosité de ces discours pour les populations fragiles d’Europe à savoir en premier lieu les Juifs eux mêmes et les réfugiés.

La négation de l’islamophobie par une grande partie de la gauche, la gauche radicale comprise, en prétextant qu’elle ne serait qu’un racisme anti-arabe renouvelé, nie ainsi que les musulmans ou présumé.e.s musulman.e.s seraient visés en tant que tel.le.s, ou que derrière la lutte contre l’islamophobie se cache des islamistes.

Les logiques coloniales imprègnent toujours nos sociétés où sévit un racisme structurel. En tant qu’héritierEs des luttes anti-coloniales nous nous battons contre ces mécanismes de domination. Ce sont sur ces bases que Génération Palestine élabore ses actions et construit sa solidarité avec les Palestinien-ne-s.
Notre engagement vise à soutenir les victimes des racismes ici et là bas et ça commence par leur droit à décider de la forme de leur résistance.

Parce que la solidarité est une arme.

Nous appelons donc :
> à la chute de l’apartheid et de la ségrégation. En Palestine, en France et partout dans le monde

> à la fin de l’Etat d’Urgence

> à la fin de la poursuite des militants BDS et la criminalisation du mouvement de boycott d’Israel

> à la chute du mur de la honte en Cisjordanie à Gaza, à la chute de tous les murs en Inde, aux Etats-Unis jusqu’en Chine !

> à la chute du mur mental qui amalgame les antisionistes aux antisémites

car nous militons pour la justice et pour l’égalité !

 

Génération Palestine Paris

1: chiffres datant de février 2016

Laisser un commentaire