News

Retrouvez ici nos nos dernières analyses, communiqués et opinions

Nous sommes antisionistes parce que…

Catégories : Communiqué

      Nous sommes antisionistes parce qu’on peut parler de conflit israélo-palestinien, de colonies et de murs, mais qu’on oublie souvent de dire que l’agression quotidienne vécu par les palestinien-ne-s ne date pas des années 80, ni de l’occupation israélienne en 1967, ni même de la création de l’état d’Israël en 1948. Le peuple palestinien est attaqué depuis plus d’un siècle. Il est attaqué au nom d’un projet clair, précis et explicite, qui est resté pratiquement le même de la fin du XIXème siècle à nos jours : le projet sioniste. En Palestine, il n’y a pas deux peuples qui se sont retrouvés là par hasard, mais le résultat d’un processus volontaire qui a pour objectif de remplacer un groupe humain, les palestinien-ne-s, par un autre, les juif-e-s d’Europe. Pas de « paix » possible en Palestine sans mettre un nom sur cette réalité.

      Nous sommes antisionistes parce que le sionisme est un projet colonial, avec tout ce que ça suppose de violence sociale et politique. Ce projet a toujours eu pour but le contrôle d’un maximum du territoire de la Palestine. Avant même la création de l’état d’Israël, le mouvement sioniste s’est approprié des terres, a expulsé violemment des populations, a réprime toute expression collective palestinienne, a privé de droits sociaux et politiques tout un peuple. L’état israélien actuel est fondé sur cette violence. La politique israélienne actuelle n’est que la continuation de cette logique. Dès le début du XXème siècle, les futurs dirigeant-e-s d’Israël parlent ouvertement de séparation raciale entre les populations « juives » et « arabes » et de la nécessité de garder sous contrôle « l’expansion démographique arabe ». Depuis plus d’un siècle, le slogan sioniste est « une terre sans peuple pour un peuple sans terre »: dans cette vision, les palestinien-ne-s n’existent pas. Le projet sioniste, c’est la destruction de la Palestine et des palestinien-ne-s en tant que communauté cohérente et autonome. Accepter le sionisme, c’est accepter la destruction sociale, culturelle, politique et bien souvent physique d’un peuple, le peuple palestinien.

      Nous sommes antisionistes parce que le projet colonial que nous venons de décrire est un projet spécifiquement européen. Au niveau des idées comme des méthodes, le sionisme n’a rien inventé. A l’époque où le projet sioniste se constitue, l’Europe est sincèrement convaincue de son droit absolu à gouverner l’intégralité du monde et est prête à imposer ce droit par la conquête militaire, la manipulation économique et le massacre de populations entières si nécessaire. Le sionisme n’est qu’une application particulière de cette logique générale qui amène différents groupes européens à envahir l’Afrique, l’Asie, le Moyen-Orient, … A chaque fois, la justification est la même : la croyance en « notre » supériorité. A chaque fois les méthodes sont identiques : massacres, déplacements de population, constructions de murs, de camps et de barbelés, prise de contrôle de l’Etat qui est ensuite dirigé contre les populations locales, création de divisions « ethniques », … Ces méthodes et cette justification, on les retrouve en Palestine encore maintenant : la « seule démocratie du Moyen-Orient » a besoin d’un arsenal mortel pour sa « sécurité » face à des populations locales« incontrôlables » et « dangereuses ».

      Nous sommes antisionistes parce que nous vivons en Europe et que l’Europe n’a pas seulement « laissé faire » ; elle a été une complice active à tous les stades du processus de colonisation de la Palestine. Directement et indirectement, elle a fourni les idées, les armes, le financement, le soutien géopolitique, l’appui militaire, les techniques répressives. Sans cette participation des gouvernements européens, il aurait été impossible de museler les palestinien-ne-s et les pays solidaires avec eux, il aurait été impossible d’imposer sur le terrain l’apartheid israélien. L’Europe faible, pleine de bonnes intentions mais manipulée par l’état israélien est un mythe. La réalité, c’est qu’à chaque étape, les sionistes ont pu compter sur un soutien total de la part de nos gouvernements. Israël a été construit avec les armes françaises, l’appui britannique et la protection américaine. La réalité, c’est qu’Israël défend les intérêts occidentaux au Moyen-Orient. Israël se salit les mains en interdisant à tout autre État de la région de devenir suffisamment solide pour être réellement indépendant et en maintenant un état de guerre perpétuel. L’important pour l’Europe, c’est de pouvoir continuer à acheter son pétrole avec l’argent obtenu en vendant ses armes de guerre à tous les États de la région. Bien sûr, tout ça implique parfois qu’on rappelle à l’ordre notre exécutant quand il va un peu trop loin, quand il ne respecte pas les convenances, quand son travail devient trop voyant.

      Nous sommes antisionistes parce que le projet sioniste est non seulement un projet européen, mais il est aussi une réponse à un problème spécifiquement européen. On oublie facilement de nos jours que c’est notre Europe « civilisée » qui a connu une vague d’antisémitisme si dévastatrice qu’une grande partie des juif-e-s d’Europe vont devoir faire le choix de fuir leurs pays, les pays où ils habitaient depuis des siècles, pour échapper à une mort presque certaine. Le projet sioniste naît pour tenter de sauver les juif-e-s d’Europe. Le fait qu’il soit fondamentalement colonial et qu’il ai prétendu sauver un peuple en en détruisant un autre ne change rien à la nécessité réelle à laquelle il répond. Beaucoup de juif-e-s européen-ne-s ont refusé le projet sioniste, et la plupart d’entre eux sont morts dans les camps d’Hitler. Soutenir Israël, c’est aussi pour l’Europe une manière de se débarrasser de sa culpabilité, de sa responsabilité, de faire comme si tout ça n’était pas notre problème, n’était plus notre problème. Le résultat, c’est que de nos jours, l’antisémitisme, ce sont les (éternels) « autres », les arabes ou les noir-e-s. Le résultat, c’est qu’un parti fondé par des négationnistes et des antisémites notoires arrive en tête des élections européennes en France, mais que ce sont les banlieues françaises qu’on cible pour leur antisémitisme supposé.

      Nous sommes antisionistes parce qu‘à bien des égards, Israël n’est qu’un miroir grossissant de l’Europe. L’Europe qui ne sait plus parler que de « sécurité » et « d’identité ». L’Europe qui devient de plus en plus inégalitaire, injuste et féroce. L’Europe qui s’inquiète de sa soi-disant « invasion » par les « Roms », les « musulmans », les « Africains » comme Israël s’inquiète de« l’équilibre démographique entre juifs et Arabes ». L’Europe qui, comme Israël, se voit maintenant comme une forteresse assiégée, comme un phare de « démocratie » au milieu d’une mer déchaînée, chaotique et menaçante. L’Europe où le langage dominant est devenu celui de la peur, et qui se sent tout de même légitime pour aller mettre son nez un peu partout dans le monde, à coup de bons conseils, d’accords commerciaux, de dettes destructrices et d’interventions militaires s’il le faut. L’Europe qui peut regarder tout un pays censé être « à l’origine de notre civilisation » être méthodiquement démantelé au nom de la « crise » sans se sentir particulièrement solidaire. L’Europe riche comme jamais qui ne « peut pas accueillir toute la misère du monde ». Et qui condamne à mort des milliers de migrant-e-s plutôt que d’avoir à les accueillir. Tant de points communs entre ici et là-bas. A bien des égards, pour l’Europe, regarder Israël, c’est se regarder dans un miroir.

      Nous sommes antisionistes parce que les personnes qui voudraient faire oublier la question palestinienne sont les mêmes personnes qui voudraient faire oublier les autres sujets qui fâchent. Ce sont les mêmes personnes qui voudraient éviter que l’Europe se regarde en face, qu’elle réfléchisse sur ses responsabilités dans l’état actuel du monde, qu’elle s’interroge sur les privilèges dont elle dispose. Ce sont les mêmes personnes qui parlent d’accepter l’austérité et les sacrifices, qui répètent que chacun-e doit se serrer la ceinture ; sauf les riches, sauf leurs ami-e-s, sauf leurs complices.

      Nous sommes antisionistes parce que les palestinien-ne-s sont en première ligne de toutes les batailles depuis plus d’un siècle. Qu’ils nous montrent ce que sont le courage, la ténacité et la résistance. Qu’ils nous apprennent tous les jours ce que la justice, la dignité et la liberté peuvent bien être. Que face à tout ce qu’ils nous ont donné et tout ce qu’ils nous ont appris, c’est le moins que nous puissions faire.

      Nous sommes antisionistes parce que, sans justice en Palestine, il n’y aura pas de justice ici.

Laisser un commentaire