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La dernière pièce de théâtre diplomatique

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Une nouvelle période de dupes vient de s’achever autour du conflit israélo-palestinien, laissant l’impasse entière, et le risque d’explosion bien réel. Rendez-vous est déjà pris pour septembre, avec un nouveau bras de fer autour de la reconnaissance d’une Palestine indépendante, mais quelque peu irréelle.

La dernière pièce théâtralisée, potentiellement tragique, s’est déroulée en trois actes :

La démission de George Mitchell

Le 13 mai, George Mitchell, l’émissaire spécial de Barack Obama pour leProche-Orient, jette l’éponge. Officiellement pour « raisons personnelles », compréhensibles à 77 ans après une riche carrière marquée par la négociation de haut vol qui a conduit à la fin des hostilités en Irlande du Nord.

En fait, c’est un constat d’échec pour ce diplomate chevronné, qui tire un mauvais bilan de ses deux années à tenter de briser l’impasse entre Israéliens et Palestiniens. Navettes, entretiens, pressions, compromis… Tout y est passé, en vain.

Georges Mitchell n’a pas réussi à relancer le processus de paix, pas même à réunir les deux parties face à face autrement que pour des « photo ops », des séances photos sans lendemain comme le Proche-Orient en a tant connues.

Le négociateur a été confronté à trois problèmes :

  1. le plus gros : un gouvernement israélien le plus à droite de l’histoire de l’Etat hébreu, peu disposé à la moindre concession sur l’une des questions centrales, celle des colonies juives de Cisjordanie. Négocier d’un côté, poursuivre la colonisation de l’autre, c’était la posture confortable du gouvernement de Benyamin Netanyahou, refusée par la partie palestinienne.
  2. Une Autorité palestinienne extrêmement souple, comme l’ont montré les « Palestine Papers », les documents de négociation qui ont « fuité » du côté de la chaîne Al Jazeera. Mais un leadership faible, incarné par Mahmoud Abbas, soumis à une rude surenchère des islamistes du Hamas, installés au pouvoir dans la bande de Gaza.
  3. Les hésitations d’Obama, qui a sans doute une vision claire de ce qu’il faudrait faire, mais ne s’est jamais résolu à la crise avec Israël que risquerait d’entraîner une position plus ferme de sa part et de celle de la diplomatie américaine.

Obama et les frontières de 67

Le 19 mai, le président américain prononce un discours attendu sur lesrévolutions du monde arabe, sur l’après-Ben Laden tué quelques jours auparavant par les forces spéciales américaines, et enfin sur le problème israélo-palestinien.

Le passage le plus commenté est assurément la référence aux frontières de juin 1967, la Ligne verte qui marquait la frontière antérieure à la Guerre des six jours, et qui constituait le contour extérieur d’Israël de 1949 à juin 1967.

Pour Obama, la frontière entre Israël et un futur Etat palestinien qu’il appelle de ses vœux, doit découler « des lignes de 1967, avec des modifications agréées par les deux parties ». Cette dernière référence permet d’envisager des échanges de territoires pour qu’Israël puisse annexer les « blocs » de colonies proches de la Ligne verte. Il ajoute :

« Le retrait complet et graduel des forces militaires israéliennes devrait être coordonné dans l’idée d’une responsabilité de la sécurité palestinienne dans un Etat souverain et non militarisé ».

 

Dans le même discours, Obama met en garde les Palestiniens contre leur projet de déclaration unilatérale d’indépendance et leur tentative d’isoler Israël lors de la session de l’ONU en septembre, et se montre critique vis-à-vis de l’accord Fatah-Hamas, les deux frères ennemis palestiniens, intervenu récemment.

Le show de Netanyahou

Troisième acte de la tragédie, la visite de Benyamin Netanyahou, le chef d’un gouvernement israélien qui compte dans ses rangs une droite extrême, des partis religieux intransigeants sur la question de la Terre sainte, et une aile ex-travailliste devenue faucon ; une coalition hétéroclite d’accord sur un point, la fermeté face aux Palestiniens, et, aussi, face à Obama, perçu comme un « ennemi » d’Israël.

Avant même d’arriver à Washington, Netanyahou adresse une rebuffade à Obama en refusant tout retour aux frontières de 1967. Une fin de non-recevoir qui, d’entrée de jeu, transforme ce voyage en un show de relations publiques personnel et pour l’Etat hébreu, et certainement pas en prélude à la relance d’un processus de paix qui restera au point mort.

Le 24 mai, cinq jours après le discours d’Obama, Benyamin Netanyahou prononce undiscours devant le Congrès réuni en séance exceptionnelle, et, comme le fait observer la presse israélienne, est plus souvent ovationné par les élus américains debout que lorsque le président des Etats-Unis a prononcé son dernier discours sur l’Etat de l’Union…

Ce discours contient tous les ingrédients de l’attitude inflexible de Netanyahou, y compris la négation que les Israéliens qui habitent dans les Territoires occupés de Cisjordanie sont des « occupants », comme le définit la légalité internationale basée sur la résolution 242 du Conseil de sécurité, dont la force s’impose pourtant à tous.

Comme le souligne le New York Times, dans un éditorial consacré à la prestation du chef du gouvernement israélien :

« Netanyahou a montré – une fois de plus – qu’il n’a pas d’appétit sérieux pour le genre de compromis qui serait la seule manière de parvenir à une solution à deux Etats, et garantir à la fois aux Palestiniens leur Etat qui leur est nié depuis si longtemps, et la sécurité à long terme d’Israël. »

 

Mitchell est parti, Obama a parlé, Netanyahou a dit « non » et est rentré chez lui après une opération parfaitement réussie de charme auprès de l’establishment américain majoritairement pro-israélien.

Le conflit reste entier, sauf que…

  • Le Proche-Orient vit son printemps arabe, qui a fait tomber le régime deMoubarak en Egypte et agite toute la région, en particulier un autre voisin important d’Israël, la Syrie. En ouvrant ce samedi ses frontières avec la bande de Gaza, rompant ainsi le blocus décrété par Israël, Le Caire montre que quelque chose a changé dans l’ordre régional.
  • L’ébullition née de la rencontre entre les aspirations d’une nouvelle génération et de réseaux sociaux, n’épargne pas la Palestine, et agite aussi les esprits d’une jeunesse qui vit mal la perpétuation du statu quo.
  • La réconciliation, avec toutes ses limites évidentes, entre les deux principales formations palestiniennes, le Fatah et le Hamas, pousse à une nouvelle dynamique dans le bras de fer avec Israël.
  • Le projet palestinien de demander la reconnaissance internationale d’un Etat symboliquement indépendant en septembre, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, est considérée par beaucoup comme un moyen de briser le statu quo. Cette position, critiquée par Obama, divise les Américains et la diplomatie française n’a pas exclu de la soutenir.

Au sein même d’Israël, il existe une petite minorité qui tente de faire entendre une autre voix. Vendredi, une vingtaine de personnalités de la gauche israélienne ont signé un appel en faveur de la reconnaissance de la Palestine en septembre. L’un d’eux, Hillel Ben Sasson, un militant engagé contre les expropriations de maisons à Jérusalem-Est, cité par Le Monde, explique la démarche :

« Nous sommes réalistes, nous savons qu’aussi prestigieux soient-ils, nos signataires ne peuvent pas grand-chose face à la détermination diplomatique américaine.

Mais nous voulons faire comprendre aux Européens, qu’après la visite désastreuse de Netanyahou à Washington, c’est à eux qu’il appartient de nous sauver de nos dirigeants.

S’ils disent oui » à l’Etat palestinien en septembre, nous avons une chance d’empêcher un nouveau bain de sang et de relancer les négociations de paix sur la base d’une plateforme décente. »

 

Une nouvelle fois, donc, le Proche-Orient a tous les ingrédients de la bombe à retardement dont le compte à rebours est enclenché. Personne ne sait quand la bombe explosera, ni où, ni si cette explosion ressemblera aux précédentes, en particulier la première et la seconde Intifada.

Mais il faut être aveugle pour ne pas voir la catastrophe qui s’annonce inexorablement sans que ceux qui auraient les moyens de l’arrêter ne se les donnent réellement.

 

Source: Pierre Haski | Rue89 | 28/05/2011

 

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