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Devenir un acteur du changement par le biais de l'engagement

Catégories : Opinion

La question de savoir si nous sommes acteurs ou spectateurs de notre propre vie nous entraîne dans un voyage au plus profond de nous-même. Et cette immersion ne nous laisse pas indemne. Du moins, on réalise enfin que dans la vie on a le choix. Le choix  d’être un spectateur qui ne fait, en définitive, que subir sa vie ou d’être un auteur investi dans l’écriture de sa destinée.

Pour ma part, j’ai alors compris que parfois il suffit de peu de choses pour passer du statut de spectateur à celui d’ acteur. Que le fait de rester spectateur de certains événements – et donc de les taire – nous en rendait complice. Que nous pouvons être spectateurs à notre insu.

C’est précisément cette volonté de reprendre les rênes de ma vie, et la décision de devenir une actrice de la pièce de théâtre communément appelée la vie, qui m’a poussé à me rendre en plein coeur de la Palestine historique…
Cet été 2011, je suis partie en Palestine historique dans le cadre du projet « Tous Témoins, Tous Acteurs » de Génération Palestine. Ce voyage est la concrétisation d’une longue réflexion qui m’a amené à me demander si je voulais rester spectatrice de la situation au Proche-Orient, et de la vision reflétée par les médias (quels qu’ils soient), ou d’endosser un rôle d’actrice à part entière en me rendant sur place à la rencontre des personnes concernées.

Comme tout un chacun, j’aurai pu me contenter de rester passivement spectatrice de la situation à travers mon écran de télévision, mais le fait de m’immiscer en plein coeur de ce conflit m’a permis de me retrouver actrice de ma vie avec le sentiment de la vivre enfin pour de vrai.

Durant mon voyage, je me suis retrouvée à la fois actrice et spectatrice. J’étais actrice car je vivais ces instants avec puissance et émotion, un voyage où les sentiments étaient exacerbés. On se retrouvait parfois à fleur de peau mais on avait sans cesse l’impression de vivre des événements historiques. Il faut dire que ce projet s’est déroulé sous le prisme des révolutions du monde arabe et de la demande de reconnaissance de la Palestine à l’ONU déposée par Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne.

Je me suis sentie actrice car je ressentais le besoin de me positionner, de me solidariser avec le peuple palestinien. J’ai partagé ses émotions, ses espoirs et, a fortiori, ses désillusions.

J’ai essayé, comme le demandait le mémorable poète Mahmoud Darwish, de porter avec les Palestiniens le fardeau de leur espoir. Ce mal incurable qui gangrène la société palestinienne. C’est à la suite de discussions avec des militants israéliens anti-colonialistes solidaires à la cause palestinienne et acteurs d’une paix juste, que je me suis permise à espérer. Et cette fois sans me sentir frappée de quelconque angélisme.

Néanmoins, je restais tout de même spectatrice d’une situation qui me semblait importante au regard de l’injustice subie par ce peuple. J’ai été spectatrice du sort de ces Palestiniens vivant en diaspora dans des camps de réfugiés qui pullulent en Cisjordanie. Ces réfugiés palestiniens qui aspirent à retrouver leurs villages perdus à la suite de l’exode forcé résultant de la création de l’Etat d’Israël. J’ai été spectatrice de leur quotidien, de leur vie, de leur malheur. Et je m’en suis honteusement enrichie.

En effet, c’est de retour en Suisse, que je décide de réellement passer du statut de spectateur à celui d’acteur. Il est bon d’utiliser nos expériences au service de ce que l’on croit être juste. Aujourd’hui, je m’engage dans l’association Génération Palestine afin de sensibiliser les jeunes de mon âge à la situation dans un orient lointain, mais assez proche pour que l’on se sente concerné par ce qui s’y passe. Indépendamment de toute question religieuse, la problématique palestinienne doit susciter notre indignation et notre solidarité, du moins elle ne mérite pas notre mépris.

Stéphane Hessel, rescapé des camps de la mort de la Seconde Guerre mondiale, ne nous le dira jamais assez : Indignons-nous ! Et cela au nom de notre humanité.

Par le biais d’un positionnement concret, nous devons nous efforcer à sortir du carcan de spectateur afin de devenir, à notre échelle, des acteurs à part entière d’une société que l’on veut honnête. Le secret est de se dire que l’on nourrit l’injustice en la taisant, en restant dans notre état de passivité, et non pas en la dénonçant, en manifestant activement notre envie de changement. Du fait des nombreux événements intenses que nous sommes entrain de vivre, il est légitime de se sentir attiré par ce désir d’affirmation, de prise en main de notre destin en qualité d’acteur. Que ce soit les printemps arabes, les indignés, les occupants de Wall Street ou la demande d’une reconnaissance formulée par le peuple palestinien, ces mouvements ont légitimé leur indignation par leur juste ambition de se rendre acteur de leur condition.

A nous de protester, à notre niveau, avec nos moyens, pour défendre nos idéaux.

Tel est le prix à payer pour vivre enfin la vie dans sa plénitude.

Amel, participante 3TA

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