Le mot « victoire » en Palestine ne se limite ni à une bataille ni à une date précise. Il incarne un processus long, complexe, fait de luttes populaires, de campagnes internationales, de ruptures politiques et de petites conquêtes arrachées au quotidien. À travers les mobilisations, les actions en justice, les campagnes de boycott et les prises de parole publiques, se dessine une vision commune : celle d’une Palestine libre, décolonisée, où la justice et la dignité priment sur l’apartheid et la domination.
La notion de victoire en Palestine : plus qu’un résultat, un chemin
Dans le contexte palestinien, la victoire n’est pas uniquement militaire ou diplomatique. Elle s’exprime dans la survie d’un peuple, la préservation de sa culture, la transmission de sa mémoire et la capacité à se projeter vers l’avenir malgré l’occupation, les sièges et les déplacements forcés. Chaque manifestation, chaque texte, chaque action collective constitue un fragment d’une victoire plus large : le refus de disparaître.
C’est aussi une victoire politique et morale lorsque l’opinion publique internationale reconnaît enfin ce que les Palestinien·nes dénoncent depuis des décennies : confiscation des terres, colonisation, apartheid, violations systématiques des droits humains. L’usage de termes comme crime d’apartheid ou colonialisme de peuplement par des organisations de défense des droits humains marque un tournant : le langage rejoint la réalité du terrain.
Les victoires du mouvement BDS : quand la solidarité devient stratégie
Parmi les formes de résistance les plus visibles à l’échelle internationale, la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) occupe une place centrale. Inspirée du mouvement contre l’apartheid sud-africain, elle appelle à faire pression sur l’État d’Israël et sur les entreprises complices de l’occupation jusqu’au respect total du droit international et des droits fondamentaux du peuple palestinien.
Les victoires de BDS se lisent dans la multiplication des décisions d’institutions culturelles, syndicales, universitaires et religieuses qui se retirent de contrats ou renoncent à collaborer avec des compagnies impliquées dans la colonisation. Chaque désinvestissement, chaque rupture de partenariat rappelle que la normalisation de l’apartheid a un coût politique, économique et symbolique.
Ces victoires alimentent également la confiance des militant·es sur le terrain : savoir que des mouvements de solidarité, de l’Amérique latine à l’Europe en passant par l’Afrique et l’Asie, se mobilisent concrètement, c’est briser l’isolement et ouvrir des perspectives nouvelles.
Victoire et justice internationale : le rôle du droit
Les batailles juridiques forment un autre volet essentiel de la quête de victoire en Palestine. De plus en plus de plaintes, enquêtes et procédures internationales sont engagées contre des responsables politiques, militaires ou économiques impliqués dans des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou le crime d’apartheid.
Lorsque des tribunaux ou des instances internationales reconnaissent, même partiellement, la légitimité des arguments portés par des avocat·es palestinien·nes et leurs allié·es, c’est une double victoire : celle du droit sur l’impunité, et celle de la narration palestinienne sur la tentative de la réduire au silence.
Ces avancées juridictionnelles ne suffisent pas à elles seules à transformer la réalité, mais elles constituent des jalons historiques qui peuvent, à terme, redessiner les rapports de force et ouvrir la voie à des formes de réparation, de sanctions et de reconnaissance des torts subis.
Les victoires culturelles : mémoire, art et récit palestinien
La victoire palestinienne se joue aussi sur le terrain de la culture et de la mémoire. Films, romans, poésie, rap, arts visuels, théâtre : les créations palestiniennes et pro-palestiniennes s’imposent de plus en plus dans les espaces culturels mondiaux. Elles permettent à un large public de découvrir des histoires souvent absentes des récits dominants.
Que ce soit à travers des festivals, des expositions, des tournées artistiques ou des publications, ces œuvres témoignent de la résilience d’un peuple qui refuse d’être défini uniquement par la souffrance. Elles mettent en lumière la vie quotidienne sous occupation, les amitiés, les amours, les rêves, et replacent la Palestine dans sa dimension profondément humaine.
Chaque fois qu’une œuvre palestinienne reçoit un prix, une sélection internationale, une traduction ou une large diffusion, c’est une victoire symbolique contre l’effacement et la caricature. La culture devient un espace de reconquête du récit, de la dignité et de la visibilité.
Solidarité mondiale : quand les rues se lèvent pour la Palestine
Les images de millions de personnes manifestant à travers le monde pour la Palestine symbolisent une autre forme de victoire. À Londres, Paris, Johannesburg, Santiago, Kuala Lumpur ou New York, des cortèges massifs ont réuni des communautés diverses : militant·es antiracistes, mouvements féministes, collectifs de quartier, syndicats, organisations de jeunesse, groupes de foi, réseaux de diasporas.
Cette solidarité croissante ne se limite plus à quelques cercles militants. Elle s’enracine dans un réflexe anticolonial global, qui relie la lutte palestinienne à d’autres combats contre le racisme structurel, les violences policières, les frontières meurtrières, la destruction de l’environnement et l’exploitation économique.
Les slogans en soutien à la Palestine se mêlent ainsi aux revendications pour la justice sociale et climatique, faisant de la cause palestinienne un symbole planétaire de lutte contre l’injustice. Voir ces ponts se tisser entre des luttes longtemps isolées est, en soi, une victoire politique.
Victoire au quotidien : survivre, transmettre, imaginer l’avenir
Au-delà des grandes campagnes internationales, la victoire en Palestine se joue aussi dans les gestes minuscules mais décisifs du quotidien : un enseignant qui continue de donner cours malgré les checkpoints, une famille qui reste sur sa terre menacée de confiscation, une communauté qui reconstruit ce qui a été détruit, des enfants qui apprennent l’histoire de leur village rasé.
Dans les camps de réfugié·es, les villes assiégées, les villages encerclés par les colonies, la simple continuité de la vie – cuisiner, se marier, étudier, rire, chanter – prend un sens hautement politique. C’est une déclaration de présence : nous sommes là, nous restons, nous reviendrons.
Ces victoires quotidiennes sont souvent invisibles dans les médias dominants, mais elles forment le socle sans lequel aucune transformation politique durable n’est possible. Elles nourrissent la force morale nécessaire pour continuer à résister, année après année.
Vers quelles formes de victoire pour la Palestine ?
Imaginer la victoire en Palestine, c’est affronter de front les questions de retour des réfugié·es, démantèlement du régime d’apartheid, fin de l’occupation, justice transitionnelle et réparations. Il ne s’agit pas seulement de changements de frontières ou de drapeaux, mais d’une transformation structurelle du pouvoir, des droits et des rapports entre les peuples.
Les mouvements populaires palestiniens et leurs allié·es internationaux défendent une vision de la victoire qui passe par la décolonisation : reconnaître les violences passées et présentes, garantir l’égalité des droits, restaurer les terres, reconfigurer les institutions pour qu’aucun peuple ne domine un autre. C’est un horizon ambitieux, mais nécessaire pour sortir du cycle sans fin de la violence.
Cette perspective implique de repenser la sécurité, non plus comme une logique militaire, mais comme la capacité de chacun à vivre librement, à circuler, à accéder aux ressources, à parler sa langue, à exprimer sa culture. Une véritable victoire ne peut être que collective et inclusive, au bénéfice de tous les habitants de la région.
Le rôle de la société civile : transformer l’indignation en action
Face à l’inaction ou à la complicité de nombreux gouvernements, la société civile mondiale joue un rôle crucial. Associations, collectifs de quartier, syndicats, groupes de consommateurs, communautés religieuses, réseaux universitaires : tous peuvent contribuer à transformer une indignation diffuse en force de changement.
Cela passe par l’éducation populaire, l’organisation de conférences, de projections, de débats, la participation à des campagnes de boycott ciblé, la pression sur les élu·es et les institutions, le soutien matériel et politique aux initiatives palestiniennes autonomes. Chaque personne peut, à son échelle, faire pencher un peu plus la balance en faveur de la justice.
Lorsque des victoires, même partielles, sont remportées – annulation d’un contrat, reconnaissance officielle d’un crime, libération de prisonniers politiques, gain de visibilité pour une campagne –, elles démontrent que l’action collective est capable de fissurer les structures d’oppression les mieux solidifiées.
Conclusion : une victoire en construction permanente
La victoire en Palestine ne se résume pas à un événement spectaculaire qui viendrait, du jour au lendemain, clore l’histoire. Elle se construit patiemment, au fil des luttes de base, des avancées juridiques, des succès culturels, des alliances internationales et des gestes de résistance quotidienne. C’est un processus vivant, contradictoire, parfois douloureux, mais porté par une conviction profonde : la justice finit par fissurer les murs les plus épais.
À mesure que de nouvelles générations de Palestinien·nes et de solidaires entrent en scène, elles réinventent les formes de lutte, les mots d’ordre, les horizons. Ce renouvellement constant est, en lui-même, une forme de victoire : celle d’un mouvement qui refuse la résignation et continue d’imaginer, malgré tout, un futur libéré de l’apartheid et de la colonisation.