Solidarité contre les violences fascistes

Publié par Samadoun le dans News
Ce samedi 22 juin, des militants de Génération Palestine ont participé aux différents rassemblements en hommage ou en solidarité avec les victimes des violences fascistes de ces derniers jours. Dans plusieurs villes de France, des manifestations contre le fascisme ont été organisées suite au décès de Clément Méric (1). A Argenteuil, un rassemblement a également eu lieu en solidarité avec des femmes agressées parce que musulmanes portant le voile, jusqu’à avoir entraîné, pour l’une d’elles, une interruption de grossesse (2). Après une vague d’agressions homophobes durant la période du débat sur la loi sur le mariage pour tous, la violence vise d’autres personnes, d’autres groupes, d’autres pratiques, d’autres identités réelles ou supposées, mais toujours en cohérence avec l’idéologie fasciste : les cibles sont clairement tous ceux qui ne correspondent pas à une France blanche, chrétienne et patriarcale. En tant que militants de solidarité internationale avec le peuple palestinien nous apporterons partout où cela sera nécessaire notre soutien à ceux ayant affronté la violence fasciste et nous nous inscrivons pleinement dans cette lutte.
 
En effet, au delà de la dénonciation de la gravité de ces violences, ces différents événements et les réponses tant politique que médiatique nous permettent de clarifier certaines de nos lignes politiques. Notre engagement de solidarité internationale nous pousse également à nous engager dans nos propres sociétés contre les discriminations institutionnalisées et pour l’égalité de droits. Il s’agit pour nous d’une cohérence entre le combat en faveur de la libération du peuple palestinien et les enjeux politiques auxquels nous sommes confrontés ici-mêmes. La violence fascisante tolérée par l’Etat et l’islamophobie sont des questions sur lesquelles la solidarité avec la Palestine nous a fait nous positionner. C’est dans cette continuité que nous voulons élargir le cadre d’analyse des violences fascistes, sans les réduire aux groupuscules fascistes. 
 
Les diverses réactions face à ces drames, les mots employés, font office de positionnements. Entre occultation et dénigrement, les commentaires des politiques et des médias ont fait preuve de complaisance vis-à-vis des groupes fascistes et rajoutent aux agressions physiques une violence symbolique. 
Avec la mort de Clément Méric c’est la mise dos-à-dos de l’extrême droite et de l’extrême gauche qui a fonctionné, sous couvert de dénonciation de toutes les violences. En tant que militants de solidarité à la lutte palestinienne, nous savons faire la différence entre oppresseurs et opprimés, distinguer ce que portent des actes qui peuvent être violents. Notre solidarité va aux antifascistes, quels que soient les modes de résistance dont ils ont voulu se doter. 
Dans le cas de l’agression de Leïla à Argenteuil, c’est l’invisibilisation des violences faites aux femmes musulmanes qui s’est déroulée. A croire qu’après des années de propagande islamophobe, la seule idée qu’une femme voilée puisse être victime d’autre chose que de sa propre religion reste impensable. L’islamophobie déborde largement de la droite de l’échiquier politique, parfois par la défense d’une laïcité républicaine qui a entraîné l’échec de la gauche militante à faire barrage aux violences islamophobes. 
C’est à partir de notre engagement pour la Palestine que nous rejetons ces logiques : invisibilisation et renvoi dos-à-dos de ceux se confrontant à la violence fasciste. 
 
D’une manière plus générale, les agressions de Clément et Leïla peuvent nous rappeler que la violence est d’abord le fait de l’Etat et de ses représentants. En ce jour d’hommage et de solidarité, nous pouvions nous retrouver pour s’organiser contre ces violences quotidiennes qui se font sous le couvert de la loi : expulsions, racisme d’Etat à l’encontre des musulmanes voilées, violences policières, criminalisation de l’immigration,…
A partir de ce constat sur les postures médiatique et politique, il nous parait inutile, autant sur le terrain de l’anti-fascisme que sur celui de l’islamophobie, d’en appeler à l’Etat ou aux médias. Ceux-ci ont fait leur preuve quant à leur complaisance envers l’extrême droite ou quant à leur capacité d’instrumentalisation. 
Nous n’avons rien à demander  à un Etat qui développe, institutionalise, légalise le racisme. Nous n’attendons pas des médias une lecture objective alors qu’ils ont diffusé et banalisé les idées de l’extrême droite. 
L’organisation et la solidarité entre les luttes nous semblent plus prometteuses que les appels aux institutions. 
Dans cette perspective, deux dimensions nous inquiètent : la criminalisation des mouvements sociaux et la création d’un “ennemi intérieur”. Racisme et logique autoritaire : sous la tendance sécuritaire, le basculement à redouter est également celui de l’Etat : face aux contestations la tendance fascisante peut se réaliser du centre même de l’appareil politique. 
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